Un pèlerinage de 700 mètres – rapport d’Hermine Oldhoff

Hermine Oldhoff a couru les premiers 700 mètres de la Marche de la Sagesse. Elle ne pouvait pas faire plus. Néanmoins, le voyage était important pour elle et une conclusion symbolique. Vous trouverez ci-dessous son rapport inspiré. Merci pour ta belle contribution Hermine ! Il y a beaucoup plus de gens pour qui un voyage de 136 kilomètres est trop ambitieux. Nous avions l’impression que vous marchiez aussi un peu devant eux.

Quand on m’a dit que je deviendrais dépendante d’un fauteuil roulant après environ 15 ans, je me suis promis de marcher autant que possible, aussi longtemps que possible.

Je n’avais jamais eu grand-chose à voir avec la course à pied, mais maintenant c’est soudainement devenu un objectif en soi.
Mes tournées quotidiennes avec les chiens sont devenues de véritables pèlerinages à travers la Drenthe avec des bouteilles d’eau, urinant en public et me perdant.

Quand j’ai pu marcher environ 6 heures d’affilée, j’ai décidé d’y faire un pèlerinage.
J’ai emprunté un âne, j’ai attaché une mini-tente et des bagages dessus, j’ai choisi un chien, je me suis baptisée Donna Quichotte et je suis partie.

C’était un beau voyage avec un temps très clément, un âne têtu qui ne se souciait pas de ma carte de route (‘pont ? Oui, dommage, je ne fais pas de ponts. Il suffit de marcher 5 kilomètres) et beaucoup d’attention.

Le soir, j’ai fait un corral avec des bâtons et une corde et j’ai fait voler du foin pour l’âne, j’ai nourri le chien, j’ai monté ma tente qui était juste un peu plus grande que mon sac de couchage, j’ai mangé un sandwich au fromage, j’ai bu 2 verres de whisky, j’ai rampé dans la mini tente avec un énorme chien et j’ai dormi comme une bûche.

Le lendemain matin, nous avons continué de bonne heure.
C’était fantastique et avait vraiment le goût de plus.

Quelques années plus tard, mon mari m’a permis de marcher jusqu’à Saint-Jacques-de-Compostelle, un de mes grands souhaits.
Je ne suis pas des Pays-Bas, je ne suis pas très courageuse, mais il m’a emmenée en Espagne en voiture et j’ai fait le reste à pied, j’ai dormi dans des auberges, j’ai récupéré mes timbres sur mon Credencial, j’ai obtenu ma Compostelle et j’étais profondément reconnaissante.

J’aspirais la Galice à chaque pas à travers la plante de mes pieds tandis que ma tête tournait à cause de tout ce que j’entendais, voyais, sentais ; maïs grenouille, ruisseaux cristallins, eucalyptus.
Ma solide éducation réformée disparaissait à chaque rayon de soleil, comme si le brouillard se levait.
En Galice, je suis devenu animiste.

Et puis la marche s’est aggravée.
Dommage mais bien sûr pas de surprise et j’ai décidé de faire un dernier pèlerinage pour mettre fin à ma « vie de marcheur ».

J’ai entendu parler de la Marche de la Sagesse et j’ai eu l’impression que tout s’est mis en place.
Chaque mot sur le site correspondait à mon souhait ; le lien avec la nature, indépendant de la religion, mais aussi qu’il était en fait relativement proche.
La Galice est dans mon âme, mais je n’ai pas encore quitté les Pays-Bas…….

Ce voyage serait la dernière pièce de mes pèlerinages.
Mais en préparation de cette grande finale, j’ai chuté et il est devenu clair que je n’allais plus courir ces 136 kilomètres.

Et maintenant?

J’ai demandé des conseils avisés via Facebook et quelqu’un m’a donné le conseil de marcher seul lors de la cérémonie de départ. Et c’est ce que j’ai fait.
Ce n’était que 700 mètres mais pour moi c’était tout.
Un petit pas pour l’humanité, mais un pas de géant pour moi.

Heureusement pour moi, c’était assez difficile avec les collines, les escaliers et les pavés.
Heureusement, cela ne s’est pas fait tout seul.
Heureusement, j’ai eu toute l’aide de Frère Damien qui a arrêté mon déambulateur lorsque je descendais une colline. C’est bien un bras si fort.

Comme si j’avais un bras fort pendant ma balade à dos d’âne quand mon chien ne pouvait pas aller plus loin.
Par exemple, sur le chemin de Santiago, j’ai eu un bras fort quand je me suis tenu sur un rocher au milieu d’un ruisseau et que je n’ai pas osé en descendre.

Des bras forts et inattendus qui m’ont encore aidé. Ils sont là.

La cérémonie dans la chapelle Valkhof a tout remis à sa place.
Tout était parfait et était d’une beauté si émouvante.
La musique, les histoires, la chapelle.

Quelques jours après ma propre Marche de la Sagesse, j’ai fait tatouer le symbole du pèlerin sur mon pied.
Un pèlerin à mon pied et pour toujours un pèlerin dans mon âme.

Hermine Oldhoff