Homo sapiens – ou homo stupido ??
Cette semaine, un groupe de pèlerins a parcouru le Chemin de la Sagesse pour réfléchir à leur relation avec la terre. Ce faisant, ils se préoccupaient de l’une des grandes questions de notre époque. Une réflexion de Damiaan Messing, pionnier de l’itinéraire.
Selon beaucoup, nous vivons à l’ère de l’Anthropocène : l’homo sapiens règne sur la terre. Homo sapiens signifie « homme sage ». Un titre de noblesse. Mais le méritons-nous ? Je pense que l’homme est intelligent et qu’il a beaucoup de succès, mais sage ? Nous souilles notre propre nid : la terre, exploitons impitoyablement d’autres espèces et en assassinons beaucoup d’autres – je ne mentionnerai pas comment nous nous comportons envers notre propre espèce. Est-ce là l’homo sapiens, un sage ?
Il y a deux âmes qui vivent dans ma poitrine. Certaines personnes frémissent devant la soupe de plastique, la fonte des calottes glaciaires, l’inégalité choquante des revenus mondiaux. L’autre se réjouit des souffrances indicibles que nous nous sommes épargnées les uns aux autres au cours des siècles grâce aux progrès de la médecine et à l’augmentation considérable de la prospérité. J’ai grandi dans un pays paradisiaque où le sans-abri moyen indemnisé a plus à dépenser que le Néerlandais moyen en 1950 (1). Alors que plus d’un enfant de dix ans a été battu dans une usine au 19ème siècle, aujourd’hui des jarres en marbre sont briquées dans le mobilier urbain de certains nouveaux lotissements pour les mêmes coquins.
La personne qui est capable de tant de choses belles et subtiles en si peu de temps, peut également organiser son propre ménage – l’économie – de telle sorte qu’il est bon de vivre sur terre pour tout le monde, tout en laissant de la place pour ce qui calme presque chaque personne : la nature. Des fleurs et des vues verdoyantes, des collines et des vallées avec des arbres centenaires, des oiseaux voltigeants, une nuée de sangliers ou un cerf grêle, cachés entre les fougères…
Homo sapiens – je pense ! Il reste encore beaucoup à faire avant d’être dignes de ce titre. Mais rassurez-vous, le changement arrive. Même le NRC Handelsblad, libéral et politiquement aussi neutre que possible, a fulminé cet été dans un éditorial :
Nous le savons tous, mais voulons-nous le savoir ? Dans le journal, nous lisons sur la fonte des glaces de l’Antarctique et sur le réchauffement climatique irréversible, puis nous mangeons notre steak, commandons un gadget amusant sur alibaba.com et planifions nos vacances en Thaïlande.
Cette dissonance cognitive ne peut nous empêcher de conclure que les faits recueillis par les scientifiques signifient que nous devrons changer nos modes de vie […]
Mais on ne le fait pas ?!
La « dissonance cognitive » est un langage sophistiqué pour des actions qui vont à l’encontre de vos propres croyances. Plutôt stupide que sage, bien sûr. Une personne sage réconcilie les actions et les croyances. Selon le NRC, cela signifie manger moins de produits d’origine animale, prendre moins l’avion et acheter moins de choses. Il y a plus, mais quiconque accepte la science du changement climatique et n’ajuste pas son comportement en conséquence est, tout bien considéré, un homo stupido au lieu d’un homo sapiens. (2)
Permettez-moi de ne pas commencer à maudire – ce ne serait pas sage. Je pense que ce qui est bien avec la Marche de la Sagesse, c’est que vous vous regardez d’abord vous-même et seulement à partir de là, le monde qui vous entoure. Ce qui vous touche, c’est ce que vous appréciez et si vous avez vos valeurs claires, vous pouvez ajuster vos actions en conséquence.
Si je parle pour moi-même : la « dissonance cognitive » abonde. Je suis convaincu que j’apprécie la méditation et la repentance, et la modération de la consommation, mais je me livre souvent à des rendez-vous et au travail, en grignotant beaucoup en plus de cela. Je peux ajuster mes croyances, mais elles sont persistantes, donc jusqu’à ce que je les respecte, je me sens un peu gay stupido.
Pour le reste, je suis un bon gars. Je suis touché par un groupe de dix pèlerins qui vont marcher pendant cinq jours pour réfléchir à leur relation à la terre. J’aime le fait que l’un d’eux n’essaie pas d’acheter de nouvelles choses pendant un an, tandis qu’un autre expérimente un mode de vie végétalien et va au marché avec des sacs en coton pour faire ses courses. J’ai trouvé ce dernier fou, mais aussi intéressant. Et oui, aujourd’hui j’ai acheté une brique de lait de soja pour la première fois par conviction…
Ne nous jugeons pas les uns les autres dans quelle mesure nous sommes sages ou stupides. Mais n’attendons pas de nous inspirer les uns les autres pour organiser nos vies de manière à ce qu’elles s’inscrivent dans l’ère de l’Anthropocène. Une époque où le sage ne règne pas sur la terre, mais la gère. D’une vision à long terme et avec un grand respect pour la gamme lumineuse d’espèces qu’est la vie et dont nous sommes nous-mêmes issus.
Chacun d’entre nous qui parvient à cette compréhension et ajuste son comportement en conséquence fait un pas vers le moment où nous sommes dignes du titre d’homo sapiens – l’homme sage.
Damien Messing,
pionnier de la Marche de la Sagesse
(1) Rutger Bregman, L’utopie pour les réalistes, 2017, p.2.
(2) Commentaire principal de NRC Handelsblad : « Nous devons changer nos vies » – 26 juin 2018, lien
Photos : Thomas Hontelez. Pèlerins sur la Marche de la Sagesse, été 2018.




